Rencontrer Mathieu Insa, c'est se perdre dans un monde parallèle, créé sur mesure par l'artiste. Une musique aux accents Blues et Rock porteuse d'ondes positives, l'amour de la France et de la Nouvelle-Orléans et une vie au carrefour de tout cela.
Suivez nous sans crainte dans cet univers hors normes.

MADDY a rencontré MATHIEU INSA du groupe PO'BOY

Après Aribo, qu’est ce qui a décidé la création de Po'Boy : le résultat d’un choix ou un concours de circonstances ?

C’est vraiment un choix. Il ne se passait plus grand chose avec Aribo. C’était un groupe bicéphale, nous le gérions ensemble et un des deux a préféré quitter la scène. Mais je voulais continuer la musique, enregistrer des albums. J’ai longtemps hésité entre continuer seul et rompre avec ce groupe et créer autre chose avec un style beaucoup plus personnel, plus rock.

 

Le fait de chanter en français relève-t-il de la volonté de porter notre langue à travers le monde, à une époque où elle est très malmenée avec une ferme volonté de vouloir nous imposer l’anglais ?

Oula… c’est pas aussi politique. Je n’ai rien contre l’anglais. Il s’impose plutôt à cause de la mondialisation à mon avis. Certes on connaît bien le côté "nouveaux conquérants" des Américains. Mais, au-delà de ça, j’aime m’adresser à mon public dans une langue qu’ils comprennent.
Ce n’est évidemment pas toujours le cas, mais on est en France et nous sommes un groupe français. C’est un peu aussi un challenge pour moi. Avec Aribo j’étais à bonne école, on chantait déjà en français, avec de temps en temps des petites phrases ou des petits morceaux d’anglais ou d’espagnol. Aujourd’hui, je chante essentiellement en français, mais cela ne veut pas dire que je ne travaillerais pas dans d’autres langues dans le futur. Quand je chante j’aime avoir une transmission, il ne il faut pas que du son ou du rythme, faut de la poésie aussi.

 

Ton inspiration vient de culture vaudou. En France l’évocation de cette culture méconnue évoque souvent quelque chose aux accents sataniques etc. Est-ce que tu peux nous décrire rapidement ce que cette culture représente pour toi ?

Vaudou en France, cela fait automatiquement penser à la magie noire en effet. Pour moi cela relève plutôt des croyances ancestrales, un peu de chamanisme, des genres de croyances un peu païennes. Cela m’inspire dans le sens où cela rejoint un peu ma culture et mes croyances personnelles.
Pour moi, "le monde" c’est purement symbolique. Je ,e crois pas aux organisations cléricales ou quelque chose comme ça. Dès que des croyances sont organisées c’est, pour moi, la fin des haricots et le début des problèmes.
Ce n’est pas que je trouve qu’il n'y ait pas de bonnes choses dans ces écrits religieux, mais avec le Vaudou, je ressens quelque chose de plus direct qui me touche. C’est plus simple et ça repose souvent sur des superstitions, c’est terre à terre. Un peu la croyance du pauvre. En même temps je suis renvoyé à un époque, à un folklore que j’aime bien.
Le berceau du Vaudou est à Haïti. Puis il s’est surtout développé en Afrique. Le terme "Vaudou" en tant que tel vient d’un mot en langage fon qui est un dialecte dans la région du Nigéria, du Togo etc. Il veut dire croyance, divinité : la base de toute religion. J’y ai trouvé une poésie et mon inspiration.

Je suis pas mal allé à la Nouvelle Orléans et maintenant ça fait partie du folklore. J’ai beaucoup lu sur le sujet et honnêtement je n’ai aucun scrupule à dire qu'aujourd’hui, la façon dont il est propagé, c’est un peu du charlatanisme. Mais y a aussi de la gaité.

La princesse Vaudou de Nouvelle Orléans était quelqu’un de pauvre. Elle a commencé à coiffer les gens riches et donc à découvrir plein de secrets. On a cru qu’elle avait le pouvoir de deviner les choses. Il y a beaucoup de racontars dans cette croyance tu vois. Et mon but c’est de raconter des histoires, créer des images, des sensations.

 

Tu vis principalement entre la France et la Nouvelle Orléans. Tu sembles très sensible aux deux cultures. Alors justement, qu’est ce que tu prendrais dans chacune d’elle pour créer ton "pays idéal" ?

On est souvent toujours un peu attaché à l'endroit où on est né.  Donc le pays idéal c’est souvent toujours celui là. Il y a des trucs indescriptibles, inconscients. Je suis de Toulouse et quand j'y reviens, j’y suis toujours bien.
Il y a des endroits dans lesquels, quand on voyage, on a envie de revenir dès qu'on en part, parce qu’on s’y sent bien. Je suis d’une région où il fait bon vivre et c’est ce que je retrouve à la Nouvelle Orléans. Je suis aussi à moitié espagnol, donc j’ai une affinité particulière pour ces régions où il fait bon et chaud. Je dois avoir du sang des marabouts dans les veines. 

La musique partout tout le temps, la douceur de vivre… on ne retrouve pas ça du tout à Paris. C’est une ville pratique, mais pas la ville idéale. En fait je sais pas quoi te dire...

 

Tu vas pouvoir répondre très vite à ma prochaine question. Le blues et le rock sont des musique de revendication au départ. Est-ce que tu as un message particulier à faire passer dans ta musique ?

Le Blues surtout. Aujourd’hui cela dépend des chansons, je suis pas bloqué sur un thème. J’aime bien exprimer mes sentiments sur divers sujets. Je n’ai pas un truc de prédilection même si je crois que nous, les chanteurs, nous avons toujours des choses à dire sur nos relations amoureuses, amicales, sur ce qu’on a vécu… Et j’ai aussi quelques chansons où, oui, je revendique certaines actions, où j’essaie d’ouvrir les yeux aux gens sur certaines faiblesses, certains travers, voire horreurs de notre monde moderne. J’ai une chanson qui s’appelle Ça todooze qui décrit cette façon de s’auto-occuper, comme s’il fallait toujours avoir quelque chose à faire. Cette absence d’oisiveté me manque beaucoup aujourd’hui. 

  

D’autant qu’il est prouvé que les enfants ont besoin de moments d’ennui pour être créatifs... 

Voilà. Alors je ne répondrais pas à la question en disant "j’ai un sujet de revendication". Non, ce n’est pas mon premier propos. Je veux faire passer des messages divers et faire en sorte que ma musique en concert soit vivante et donne envie de bouger.

 

Avant même le côté musical, j’ai été frappée par le côté visuel : la jaquette de l’EP et l’empreinte du CD sont à la fois extrêmement différents graphiquement parlant et très complémentaires. C’est un choix ?

Ce n’était pas forcément volontaire mais tant mieux si ça l’est. On a trouvé à capturer ce moment assez improbable avec de la brume, c’était pas prévu mais c’était la bonne atmosphère. Ça illustre bien la culture vaudou, avec les bayous qui sont parfois brumeux les matins. Il se passe des choses, des rumeurs, il y a des bestioles… Il y a d’ailleurs eu pas mal de romans policiers qui se passent là-bas, et même une série télé je crois. C’est un univers qui me fascine.

Le dessin reprend plutôt un symbole vaudou, un VV qui représente une divinité vaudou. 

On va dire que c’est parce qu’il y a de la cohérence artistique. (rire)

 

Le Matthieu Insa qui donne des masterclass au Philharmonique de Paris, qui est coach vocal pour tous types de public… est-ce le même que le Matthieu Insa qui est dans Po’Boy ?

J’espère que je suis le même évidemment. Quand je suis sur scène je n’ai aucune limite, en tout cas je m’en donne le moins possible. Parfois, je donne libre cours à mon imagination, mon corps, comme si je n’avais plus de contrôle sur ce que je fais.

Évidemment, quand je suis dans un cadre un peu plus institutionnel, je dois être plus sérieux, notamment en coaching puisque je suis face à des élèves. Mais j’essaie de les mettre à l’aise et il m’arrive de me lâcher quand même.

Je ne pense pas que la musique soit réservée à une élite, mais pour tout le monde. Quand je vois les gens qui viennent aux ateliers il est clair que ça leur fait du bien. La voix, ça fait vibrer tout le corps et cela oblige à s’exprimer.

 

Un premier EP en vente sur les plateformes digitales, la sortie de l’album à l’automne prochain, un énorme travail de promo sur le net… c’est beaucoup de temps passé, surtout que, si j’ai bien compris, tu fais un petit peu tout. Est-ce qu’au bout du compte tu ne trouves pas que ça te prends trop de temps par rapport à la création ?

Si bien sûr. Mais je n’ai pas le temps d’être frustré. C’est le lot de tous les artistes, même les plus connus. On doit tous faire beaucoup de promo, on a les concerts…

Je prends du temps pour la création dans des périodes un peu plus creuses ou quand j’ai un gros besoin, je coupe tout et je pars.

Et en même temps quand je porte mon projet, c’est super excitant… Il faut juste arriver à dormir de temps en temps !

 

Tes prochaines dates ?

Le 21 juin au château de Chambord, le 24 un concert à "Ma Pomme en Colimaçon", un restaurant de Ménilmontant… 
Le 25 le showcase au Viaduc Café à Paris. Le 30 nous allons va jouer à Lagos au Nigéria...
En 
2017, Tournée Sud Américaine (Chili, Pérou, Bolivie)

 

Dernière question. Qu’est ce que j’ai oublié de te demander ?

Tellement de choses, mais ce sera pour une prochaine fois ! 

 

Interview : Sophie Peuch
Crédits photo : Po'Boy
MADDY mag remercie Betty Fleury de Frémont

MADDY a rencontré MATHIEU INSA du groupe PO'BOY
Retour à l'accueil