Soan accompagné par Kaloo le Nohan - photo © Alex Peuch 2016

Soan accompagné par Kaloo le Nohan - photo © Alex Peuch 2016

Il y a quelques jours, l'équipe de MADDY a rencontré Soan Decroix. Découvert par le public lors de l'émission Nouvelle Star en 2009, l'artiste, bien que peu médiatisé, a tracé sa propre route.
Tout n'est, sans aucun doute, pas toujours facile lorsqu'on veut garder son indépendance, sa rébellion et sa totale liberté d'expression...

 

Tes textes sont très engagés. Est-ce que c’est la galère qui suscite l’engagement ou l’engagement qui peut amener à la galère ?

L’engagement peut amener à la galère.
Je galère moins qu’avant quand même. La vraie galère c’est de subir le monde comme on le prend en pleine gueule toutes les 5 min. En ce moment y’a rien qui va droit… L’artiste c’est un peu son métier, c’est le "commentateur de". Avant je commentais ma vie, maintenant je commente celle de autres parce qu’elle est encore plus énervante que la mienne.

 

Quel qualificatif te convient le mieux : engagé ou rebelle ?

Ni l’un ni l’autre. Je ne suis pas le porte-étendard de quoi que ce soit. Un boulanger qui ne fait pas la gueule alors qu’il se mange quatre cent parisiens dans la journée déjà c’est un engagement en soi.

 

Qu’est ce qui pourrait t’amener à ne pas faire un concert, une dédicace ?

Pas grand chose. J’adore ne pas être le bienvenu en plus.

 

Tu es très en contact avec les gens qui te suivent sur les réseaux sociaux. Est-ce toi qui gère ton profil ?

Exactement. On le voit bien d’ailleurs, la plupart des trucs sont filmés chez moi.

 

Entre Nouvelle Star et KissKissBankBank, qu’est ce qui t’a le plus touché ?

Les deux. Moi je veux juste faire mon métier. Après, les gens pensent ce qu’ils en veulent, ils sont au rendez-vous ou ils le sont pas… Je dois rien au public dans le sens où ils voulaient un disque et moi je suis allé le faire. C’est comme toi tu dois rien quand t’achètes la baguette au boulanger. Il la fait, tu lui dois le prix de la baguette, c’est tout. 

Donc ni l’un ni l’autre en fait. Ce qui me touche c’est quand en concert je vois une petite mamie au premier rang avec une patate d’enfer, accrochée à la barrière. Ça, ça me touche.

  

Tes chansons, ta personnalité semblent toucher toutes les générations. Comment expliques-tu ça ?

Sans doute parce qu'il y a plein de gens qui ont envie de sincérité et je ne sais pas mentir. On se retrouve à ce moment là.

 

Depuis tes premières apparitions télé, beaucoup de tatouages ont fleuri sur ton corps, est-ce que tu as envie de nous parler de l’un d’eux ?

Non (rire).

 

J’avoue je m’y attendais ! 

Ben oui,  parce que c’est un peu perso. Quand je me regarde comme ça, ils représentent des petits points d’encrage, c’est le cas de le dire. Super jeu de mots !

 

Parlons de ton nouveau CD, Retourné vivre. Quand on l’écoute, parfois on entend Brel, Ferré... au niveau des intonations, des paroles…

Pas trop des paroles justement. Tout ce beau monde est dans la chanson très réaliste. Moi, je suis plus dans les petites touches de parfum d’âme. Après on peut peut-être me rapprocher d’eux dans ma façon de déstructurer le texte. Je ne sais pas raconter une histoire comme Brel qui raconte Jeff. Moi je suis plus dans la poésie, je peux mépriser un peu le sens pour une couleur de mots qui me fait ressentir quelque chose.

 

On sent une réelle différence entre cet album et les précédents.
Un cap aurait-il-été passé ?

Ben oui, c’est moi qui ai fait la réaisation’, tout simplement. J’avais mes copains qui étaient là évidemment, j’ai pas tout fait, mais j’ai dirigé le truc.

 

On change de sujet. Gros coup de gueule sur la fête de l’Huma, tu maintiens ? 

Oui, qu’ils aillent bien se faire enculer. Je te le maintiens et tu peux l’écrire noir sur blanc. Parce qu’une fois on devait faire une photo sur les marches de l’opéra Bastille, moi j’étais un peu le pas invité mais j’y étais quand même. Les mecs ont été super irrespectueux, ils m’ont expliqué que Camélia (Jordana) était plus engagée que moi, de vraies grosses conneries parce qu’elle s’en fout. Enfin bref depuis ils bottent en touche, quand je les ai contactés pour jouer chez eux ils m’ont renvoyé sur les petites assos. Non mais tu m’as pris pour qui ?

Tu vois, c’est pour ça que je te disais que l’engagement ça me fait chier. Ça devient vite une chapelle, c’est un peu comme être publié dans Les Inrocks. C’est une famille ou certains ont la carte et d’autres pas, mais c’est pas une question de qualité : c’est une question de contacts ! Faire un encart d’une page pour dire que Camélia c’est l’album de l’année alors qu’un fils de prolo vient de gagner l’émission (ndlr : Nouvelle Star), ils sont badables quoi.

 

Justement si on te permet de t'adresser aux fils de prolos, as-tu quelque chose à leur dire ?

Bien sûr, j’ai quelque chose à leur dire. Lâchez rien, faut arrêter de croire qu’on est moins bien que les autres. Tout est fait pour qu’on aie honte d’être nous mêmes, pour baisser nos salaires et nous faire fermer nos gueules. Battez-vous aujourd’hui pour demain.

 

Interview : Sophie Peuch
Crédits photo : Alex Peuch
MADDY mag remercie Cultura Balma pour son accueil

Soan en showcase à Cultura Balma - photo © Alex Peuch 2016

Soan en showcase à Cultura Balma - photo © Alex Peuch 2016

Retour à l'accueil