Partage, mixité, jeu de la chance et du hasard, c'est un peu un caméléon artistique. Il écrit, collabore avec musiciens, photographes... et développe un univers atypique en changeant de nom selon qu'il s'adresse à des adultes ou des enfants.
MADDY vous propose de rencontrer Lénine McDonald / Ernesto Washington.

MADDY a rencontré LENINE MC DONALD / ERNESTO WASHINGTON

Tu veux bien nous parler de ton parcours, comment tu en es arrivé là et du message que tu portes ? On parlera aussi de ton spectacle pour enfants, parce que tu as un univers assez éclectique.

Je me suis retrouvé à bosser dans des répétitions, avec plein de groupes et je me suis retrouvé dans la musique par passion, alors que je m’y attendais pas.
Au lycée, c’était pas du tout mon truc. Je suis donc tombé dans ce milieu un peu par hasard. J’ai travaillé à Paris, où j’ai vu monter la Mano Negra et d’autres groupes de cette époque là, des années 90.
De fil en aiguille, je me suis retrouvé dans un groupe de rock/blues qui s’appelle Jesus Volt. J’y ai fait 7/8 ans, c’est là que j’ai pris ce nom de Lénine McDonald. J’ai fait 3 albums avec eux, on a beaucoup tourné en France et en Europe. Ensuite j’ai eu envie de changer, j’avais le sentiment de tourner en rond, envie de poser mes textes sur des musiques. J’ai donc sorti mon premier album en 2012 sous le nom de Lénine McDonald. On a pas mal tourné dans les bars pendant 2/3 ans. Là j’ai rencontré le réalisateur l’album de Souchon et Voulzy. On est parti sur un 5 titres et je suis en train de me battre pour le sortir. 

Entre temps j’ai fait un petit livre de poésie avec une photographe, parce que j’avais énormément de textes que j’avais envie de publier, mais pas forcément en musique. Je travaille aussi sur la réalisation d’un album pour un groupe africain qui devrait sortir en 4 titres et j’ai monté ce fameux spectacle pour enfants par envie de transmission de la mixité de la musique, qui vient d’un échange et d’un partage. Il faut que les frontières s’ouvrent pour créer des choses intéressantes.

 

Tu es aussi compositeur. Es-tu plutôt prolixe ou, au contraire, un laborieux qui a besoin de temps ?

J’ai toujours un petit carnet sur moi et je note toujours des tas de phrases qui me viennent. J’ai aussi des textes qui viennent directement, que je remanie après évidemment. Mais, au départ, ce n’est pas tellement laborieux, Cela le devient après, dans la construction. Je cherche surtout des couleurs dans mes textes. Parfois, le sens n'est pas forcément évident au départ. Je construis après, même si je sais dès le départ où je vais.

 

Lénine McDonald c’est plutôt ?

C’est un peu rock, ça s’ouvre aussi sur des musiques africaines… le blues venant de l’Afrique j’ai quand même cette attirance même si ça sonne pas vraiment africain au final.

 

Aujourd’hui tu présentes un spectacle pour enfants, avec un instrument bien mystérieux… Qu’est ce que c’est ?

Ce spectacle est parti d’une recherche sur le voyage des instruments. Je voulais remettre les pendules à l’heure en montrant aux enfants que tous les instruments voyagent, et que c’est justement parce qu’ils voyagent qu’ils peuvent évoluer. La musique prend de la mémoire et se nourrit de la où elle vient.

Je suis donc parti de ça et du blues. D’où l’utilisation de la cigar box, cet instrument des années 20 qui est une guitare montée de bric et de broc avec des boîtes de cigares, tout simplement. J’ai remonté le temps de la cigar box et je suis arrivé au diddley bow, qui est un instrument avec juste une corde que les esclaves attachaient sur leur maison. Ils frottaient des bouteilles par exemple, pour donner des sons slide vraiment typiques du Blues.

De cette corde je suis tombé sur l’arc musical, qui lui est l’ancêtre de tous les instruments à cordes. A partir de là, je me devais de raconter toute cette histoire, parce que c’était le voyage que j’avais fait et que j’avais envie de faire partager aux enfants pour parler du Blues et de ces cordes qui voyagent. Il faut toujours aller chercher les racines pour savoir qui on est, sinon comment savoir où aller quand on ne sait pas d’où on vient ?

  

Il y a aussi cette évolution en partant des racines, le métissage... l’arc à corde, est-il africain ?

Ça se joue encore en Afrique effectivement, mais c’est un instrument qui date d’il y a 15 000 ans. C’est parmi les premiers instruments créés par l’Homme.

 

Et pour le coup ce n’est plus Lénine McDonald qui officie, si je ne me trompe pas.

Non, c’est Ernesto Washington. Parce que le nom de Lénine McDonald était un peu trop typé. Ernesto ça passe mieux, même si au final c’est la même construction. On vit dans un monde de paradoxes et il faut les cultiver, ils font partie de nous, et il faut les mettre en lumière.

 

Pour Le Voyage d’une Corde, tu as composé des chansons spécifiques ?

J’ai composé une petite chanson sur le diddley bow mais je reprends surtout des vieux Blues en fait. Je ne me suis pas senti d’écrire, je suis pas un bluesman au sens pur. Déjà je n’écris pas en anglais, alors j’ai préféré reprendre des vieux morceaux de Blues. J’ai aussi adapté un vieux morceau que j’ai traduit en français.

 

C’est un type de musique vraiment vivant, peut-être même revendicatif ? 

Revendicatif parce que l’une des seules libertés quand on est oppressé, comme les noirs on pu l’être dans ces années là. La force de chanter ou de faire de la musique est toujours là.

Je fais un parallèle avec la capoiera, la danse-combat des esclaves brésiliens, parce qu'ils ont vécu la même chose, mais y a toujours cette force et cette énergie de chanter qui permet de tenir. 

Dans le spectacle je parle aussi des chants de travail, pour montrer que parfois en chantant on arrive à supporter bien des choses. C’est important de le garder en mémoire.

 

Au final, que ce soit Lénine McDonald ou Ernesto Washington, c’est le même message qui est transmis à des générations différentes. Donc le Rock, le spectacle pour enfants… tu as une palette musicale importante. As-tu des envies qui partent dans d’autres sens ?

Et ben je sais pas. Le fait de faire le spectacle pour enfants m’a ouvert à la comédie. Je ne me considère pas du tout comme comédien encore, mais c’est très intéressant aussi. Ça m’a ouvert l’esprit et des portes. Mais de là à dire je vais aller là-dedans… on verra. Il faut laisser s'ouvrir les chemins. Le plus beau du voyage c’est le fil des rencontres et du hasard. Il a souvent sa part dans l’histoire de chacun.

Interview : Sophie Peuch

Photos et vidéos : Lénine McDonald

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